L’Intranquille –
Un solo de Claude Brumachon pour lui-même. Assisté de Benjamin Lamarche comme toujours.
Tout se joue au moment même de la première répétition.
Qui est-il dans ce grand corps déglingué qui accuse son âge avec panache ? Il ne se noie pas il surnage, glissant sur le sol tel un homme qui ne le serait pas. Il ose son solo, différent, chaque jour réinventé, chaque instant nouveau. Il ose sa solitude pleine des rencontres qui dérapent. Il pêche dans les dérives de son humanité pour nous montrer plus profondément la nôtre.
De chaque tableau qu’il instruit en scénettes émerge un autre Claude, un autre prénom, un autre lui-même. Toujours présent, alerte et attentif. Le costume le transforme et c’est lui qui transforme l’habit. Le chapeau, la chemise, le pantalon, la veste, la robe, la chaussure, le haillon ne sont que des peaux nouvelles dont il se vêt pour être autre et toujours lui-même.
L’Intranquille est là, ici même, toujours présent au présent. C’est l’être là qu’il nous raconte et le comment il est apparu ce jour depuis le temps qu’il devait l’être. L’Intranquille nous dit ce que le moment doit être, il n’y a de l’avant que ce qui émane de son geste, il n’y a rien de l’après. Seul le présent est. L’homme flotte dans la douceur d’un instant. Le chapeau est noir, la chemise est jaune, le soleil aussi. C’est virevolte. Le tissu est nappe sur la prairie.
L’homme se déglingue dans l’électrique atmosphère de l’instant suivant. Les os se rebiffent, les articulations éclatent de rire. La danse est vie, vivante, exaltante, essoufflante et il s’en moque. Le chapeau est blanc. La veste est blanche il est debout dans son monde.
Il a les chocottes lui aussi. il a la frousse, il a ses peurs ; il y a ces absences qui le tourmentent inexorablement. Il a ses cris-mots qui déforment. Il a sa révolte permanente qui pulse et fait irruption en hoquets inattendus. Il y a des zgrafff ! et des broufff ! des zip et des fractibouille. Il y a le réveil matin qui apporte l’absurde. Le mollet qui rampe, le ventre qui déconforte, la poitrine qui se rebiffe.
Le calme vient souvent après la tempête. Le bord de l’eau apporte souvent le réconfort. La langueur des peaux se repait du ruisseaux.
Et l’onirisme emplit le réel. L’irréel devient la forme vraie. L’insensé reprend goût à ce corps qui ne défend rien et accepte tout. Et la reine de Sabbat épouse Clytemnestre, et l’empereur des sens s’empare de son trône, la lumière jaillit, le grandiloquent jouxte le grandiose, le ridicule est chassé au dehors. Et l’oiseau s’envole.
J’aime le solo de Claude. Il dérange notre vision habituelle.
Cela nous laisse : désabusés, amusés, farcis-bourrés-remplis de doutes, scintillants et frétillants mais bonheur.
Représentation(s)
L’Intranquilleles 2 et 3 février 2027 – Micadanses-Festival Faits d’Hiver –20h
20 rue Geoffroy l’Asnier-Paris 4ème
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